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Addictions au travail : détecter les signaux faibles et agir
Addictions

Addictions au travail : détecter les signaux faibles et agir

October 7, 2025
7
min de lecture
Addictions au travail : détecter les signaux faibles et agir

Managers et RH, apprenez à lever le tabou pour protéger l’intégrité physique et la santé mentale de vos équipes.

Il est souvent difficile d’aborder le sujet des addictions au travail et, par facilité, on choisit parfois de détourner le regard.

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Pourtant, en 2021, 64 %* des professionnels de santé au travail estimaient que la consommation d’alcool et de cannabis était répandue en entreprise.

Les conséquences sont réelles : accidents du travail, arrêts prolongés, mise en danger d’autrui, baisse de productivité, altération du climat social…

Face à ces risques, une question s’impose : comment détecter les premiers signaux, ouvrir le dialogue et mettre en place une prévention efficace, sans stigmatiser vos collaborateurs ?

Dans les lignes qui suivent, nous vous proposons des pistes concrètes pour repérer les signaux faibles, aborder le sujet avec justesse et engager une véritable politique de prévention au sein de votre entreprise.

* Enquête sur les pratiques addictives en entreprise, novembre 2021, commanditée par l’INRS

💡 Comprendre l’addiction : quand la solution devient le problème

Prévenir les comportements addictifs au travail est essentiel pour préserver la santé physique et mentale des collaborateurs, maintenir la performance collective et répondre aux obligations légales de l’employeur (art. L4121-1 et L4122-1 du Code du Travail).

Les obligations légales de l’employeur
⚖️ Art. L4121-1 du Code du Travail : « L’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. »
⚖️ Art. L4122-1 du Code du Travail : « Chaque travailleur doit prendre soin de sa santé et de sa sécurité ainsi que de celles des autres personnes concernées par ses actes. »

Mais encore faut-il savoir de quoi nous parlons exactement.

Le psychiatre américain Aviel Goodman a proposé en 1990 une définition qui fait toujours référence :

L’addiction est un processus dans lequel un comportement est réalisé pour procurer du plaisir ou soulager un malaise intérieur, et qui se caractérise par l’échec répété de son contrôle et sa persistance malgré ses conséquences négatives.

En d’autres termes, l’addiction se distingue par trois éléments clés :

  • Une perte de contrôle.
  • Des tentatives infructueuses d’arrêter.
  • La poursuite du comportement malgré la conscience de ses effets nocifs.

L’addiction est une maladie chronique et évolutive.

Au départ, le comportement ou la consommation apparaît comme une solution à une difficulté (stress, fatigue, anxiété). Mais progressivement, cette « solution » se transforme en problème : ce n’est plus un plaisir, ni même un soulagement, mais un besoin impérieux.

C’est à ce moment que le risque devient majeur.

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Deux grands types d’addictions

1️⃣ Liées à une substance :

  • alcool,
  • cannabis,
  • drogues,
  • médicaments psychotropes…

2️⃣ Liées à un comportement :

  • jeux d’argent,
  • jeux vidéo,
  • usage excessif des réseaux sociaux,
  • dépendance au travail lui-même…
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🔍 La progression d’une personne vers l’addiction

La première consommation entraîne une amélioration temporaire de l’humeur, suivie d’une détérioration et d’un retour à l’état d’équilibre initial, l’état normal.

Mais, au fil des prises, l’état d’équilibre se dégrade :

👉 La substance ou le comportement ne permet bientôt plus de retrouver un état normal et le mal-être s’installe.

Source : Les dossiers de la recherche N°40, août 2010

Les signaux faibles

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Les repérer pour briser le silence et agir

💡 Agir efficacement suppose de savoir détecter les premiers indices d’un comportement addictif.

Ces signaux faibles sont souvent perceptibles par l’entourage professionnel direct : collègues, managers, voire clients.

C’est à travers les changements de comportement, de performance ou d’attitude que l’alerte peut être donnée.

Le rôle clé du manager
La posture du manager est déterminante pour lever le tabou et initier un accompagnement adapté. Observer, dialoguer sans jugement et orienter la personne vers les dispositifs de soutien ou de soins constitue une première étape décisive.

⚠️ Les principaux signes qui doivent alerter

Quel que soit le type d’addiction, on retrouve souvent les mêmes manifestations :

  • Performance et motivation : baisse de l’efficacité, perte d’initiative, désintérêt pour les missions.
  • Capacités cognitives et physiques : diminution de la concentration, de la mémoire, des réflexes et de la vigilance ; erreurs plus fréquentes, gestes moins précis.
  • Présence et organisation du travail : absentéisme récurrent, retards, départs anticipés, répétition d’accidents mineurs.
  • Relations interpersonnelles : irritabilité, agressivité, excitation inhabituelle, désinhibition.
  • État général : somnolence, fatigue excessive, baisse de l’énergie.

Pourquoi ces signaux sont-ils cruciaux ? 🤔

Pris isolément, ces symptômes peuvent sembler anodins (fatigue passagère, période de stress…). Mais lorsque plusieurs d’entre eux apparaissent ou s’installent dans la durée, ils doivent alerter.

Les conséquences peuvent être lourdes tant au niveau physique qu’au niveau de la santé mentale : accidents du travail, mise en danger d’autrui, dégradation de l’ambiance d’équipe…

🔑 Briser le silence

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Intervenir sans stigmatiser

Lorsqu’un comportement préoccupant est identifié, il est essentiel que le manager agisse rapidement.

Plus l’intervention est précoce, plus les risques pour le collaborateur et son entourage professionnel sont limités.

L’entretien doit se dérouler dans un cadre confidentiel et bienveillant, avec un seul objectif : protéger la sécurité au travail et orienter la personne vers une aide adaptée.

🎯 La bonne posture du manager

  • Responsabiliser, sans couvrir : ne compensez pas en silence ses absences ou ses difficultés. Engagez une discussion directe, bienveillante et sans jugement.
  • Rester à sa place : ne cherchez pas à poser de diagnostic médical – seul un médecin peut le faire.
  • Exprimer ses observations, pas des accusations : parlez de faits concrets et de votre ressenti (« je me fais du souci… », « j’ai remarqué que… »).
  • Écouter plutôt que chercher des aveux : créez un climat de confiance, favorisez le dialogue.

À l’issue de l’échange, proposez des ressources et relais externes (service de santé au travail, associations spécialisées, médecins du travail, etc.).

🔍 Les erreurs à éviter :

Par générosité, certains managers adoptent ce qu’on appelle le réflexe correcteur. Il part d’une bonne intention, mais aggrave souvent la résistance au changement.

À éviter absolument
• Vouloir convaincre que la personne a un problème.
• Argumenter en faveur du changement.
• Expliquer comment elle doit s’y prendre pour changer.
• Mettre en garde ou faire la morale.

Agir

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Les bonnes pratiques à mettre en place

Pour pouvoir répondre rapidement et de façon adéquate à une situation comportant un ou des comportements addictifs, la mise en place d’une politique de prévention structurée et continue est indispensable.

Elle contribue à préserver la santé mentale de vos collaborateurs et à maintenir un climat de travail serein et productif.

Les actions de prévention se déploient à trois niveaux complémentaires

1️⃣ Prévention primaire : anticiper et sensibiliser

L’objectif est d’agir en amont pour éviter l’apparition des conduites à risque.

  • Sensibiliser régulièrement les équipes aux risques liés aux addictions (substances ou comportements).
  • Nouer des partenariats avec des structures spécialisées en addictologie et santé au travail.
  • Organiser des formations, ateliers pratiques et mises en situation pour renforcer les réflexes collectifs.
  • Communiquer clairement les règles internes de l’entreprise (droit à la déconnexion, consommation d’alcool, usage des outils numériques, etc.).
  • Valoriser l’exemplarité managériale : les encadrants jouent un rôle clé dans la diffusion d’une culture de prévention.

2️⃣ Prévention secondaire : repérer et accompagner précocement

Ce niveau vise à identifier rapidement les situations à risque et à proposer un accompagnement adapté.

  • Mettre en place des dispositifs d’écoute et de soutien confidentiels.
  • Former les managers et les RH au repérage des signaux faibles.
  • Créer des liens entre les référents internes (RH, managers, représentants du personnel) et les professionnels de santé (médecin du travail, psychologue du travail, addictologue, patients experts…).
  • Favoriser un climat de confiance pour libérer la parole sans stigmatisation.

3️⃣ Prévention tertiaire : soutenir et réintégrer durablement

Lorsqu’une situation addictive est avérée, l’objectif est de favoriser la réinsertion et de prévenir les rechutes.

  • Proposer un accompagnement personnalisé, coordonné avec les réseaux spécialisés et associations.
  • Adapter temporairement les conditions de travail si nécessaire.
  • Préparer la réintégration avec bienveillance, en lien avec les équipes et la hiérarchie.

📈 Une démarche collective et continue

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Ces trois niveaux s’articulent pour former une politique de prévention cohérente.

Ils doivent s’inscrire dans une démarche globale de qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) et s’appuyer sur une communication interne claire et régulière.

L’évaluation des actions menées (baromètres internes, retours d’expérience, taux de participation) permet en outre d’ajuster les dispositifs et d’ancrer durablement la culture de prévention dans l’entreprise.

Agir sur les conduites addictives, c’est investir dans la santé durable de vos collaborateurs et dans la performance collective de votre organisation. 🚀

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